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[Éditorial] Moïse Katumbi, victime de sa propre stratégie « désastreuse »

La tension reste vive entre les alliés de la coalition au pouvoir Union sacrée pour la nation. Le camp Katumbi garde dans sa ligne de mire l’UDPS du président Tshisekedi. Ces derniers jours, les proches du premier accusent ceux du second de manigancer pour écarter leur leader de la prochaine course à la présidentielle prévue pour 2023. L’offensive médiatique d’Ensemble pour la République contre la proposition de loi qui verrouille davantage l’accès au poste de président de la République et à d’autres fonctions régaliennes, est-elle une bonne stratégie ? Ça pourrait l’être, mais les postures et les multiples bourdes des « victimistes » pèsent lourdes.

Les passes d’armes médiatiques actuelles entre « Katumbistes et Tshisekedistes », provoquées et entretenues par certains proches influents de l’ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga, les cadres du parti du président congolais préférant garder silence sur la question, n’est en fait qu’une énième grosse erreur stratégique pour les premiers. Analysons les faits.

Décembre 2020. Trouvant encombrant le FCC de l’ancien président Joseph Kabila, partenaire de gouvernance après la première alternance pacifique au sommet de l’État congolais, le président Tshisekedi met unilatéralement fin à la coalition FCC-CACH. Il faut l’avouer, ce fut une surprise, personne ne s’y attendait. Avec ses stratèges, Félix Tshisekedi a su renverser la majorité parlementaire à l’époque tenue par « le raïs » – surnom attribué à Joseph Kabila -, et par conséquent a su élargir ses marges de manœuvre.

Dans ce face à face silencieux, le tout puissant homme d’affaires et ex-allié de Kabila, président du célèbre club TP Mazembe, s’est vite créé son partenaire, traversant de « l’opposition républicaine » à la congestion de l’État avec le président Tshisekedi. Ses dizaines d’élus nationaux et provinciaux tout autant. Plusieurs cadres de son parti seront ensuite nommés ministres dans le nouveau gouvernement sous Tshisekedi, mis en place en avril 2021. Partenaire, il déclinera, selon plusieurs sources, l’offre portant occupation de la Primature : un détail qui saute aux yeux.

Mai 2021, Félix Tshisekedi revient d’une tournée africaine et atterrit dans l’ex-Grand Katanga, dans la ville de Lubumbashi, traditionnellement bastion de son partenaire Moïse Katumbi. Il y tiendra quelques meetings dans cette partie du pays, « le chairman » se fera quasiment invisible. De ce fait, les observateurs sont unanimes, l’ex-gouverneur exhibe désormais ses ambitions, celles de conquérir le pouvoir à la prochaine présidentielle et donc détrôner le fils du feu Sphinx : la pilule ne passera pas dans le camp Tshisekedi assurément. Dans certains milieux favorables au pouvoir actuel à Kinshasa, le mécontentement se fait entendre, les soupçons de tout genre émergent.

« Des ambitions très tôt manifestées pour ceux-ci, de la traîtrise pour ceux-là… », car faut-il mentionner, l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir a signé le retour de Katumbi dans le pays, revenant de l’exil en Europe.

La proposition de loi qui divise

Fin juin début juillet, un débat défraie la chronique sur les rives gauches du fleuve Congo. Et qui mène le jeu, Noël Tshiani, un turbulent candidat malheureux de la dernière présidentielle qui s’est montré depuis, proche du parti au pouvoir UDPS. Il sillonne les médias pour proposer une loi qui verrouille l’accès au poste de président de la République et à d’autres hautes fonctions de l’État. Une proposition récemment parrainée par un député national bavard Nsingi Pululu, qui il y a très peu l’a déposée à l’Assemblée nationale pour éventuellement un examen prochain.

Le camp Katumbi s’est explosé. En effet, un alinéa de la proposition de ladite loi est tellement amer : « ne pourra prétendre être président de la République démocratique du Congo seul un congolais de père et de mère ». Or, seule la mère du président du TP Mazembe est congolaise. Une disposition une fois adoptée écartera ce dernier de la course pour la présidentielle. Ses proches vont prendre d’assaut les médias, menaçant de quitter la coalition au pouvoir, déculottant le pourfendeur Tshiani, indexant « une machine politique derrière la proposition », s’il faut reprendre Olivier Kamitatu ancien président de l’Assemblée nationale et lieutenant de Katumbi. Les cadres du parti de Tshisekedi ont beau nié être les tireurs des ficelles, en vain. « Ils agissent de manière hypocrite », répondent les cadres d’Ensemble pour la République.

Une ligne désastreuse

Dès le départ, les différents choix de Katumbi révélaient une certaine naïveté. Approcher un allié pour l’accompagner vers l’obtention des éléments clés du pouvoir d’État en contrôlant la majorité au Parlement, opter pour une posture ambiguë en étant à la fois son partenaire de gouvernance et son probable adversaire pour les élections prochaines… n’est rien d’autre que contradictoire et en politique la contradiction se paie cash.

Une ligne à double tête qui conduit son état-major à s’en prendre violemment à « un allié », via à un militantisme médiatique à outrance. L’allié, habitué à faire la grosse gueule reste bizarrement assourdissant. En optant pour le silence, l’UDPS connaissant l’opinion congolaise, laisse le débat se propager. A dessein.

Comment, bon Dieu, les stratèges d’Ensemble pour la République ignorent-ils que l’accès au poste de président de la République est clairement réglementé par la constitution congolaise en son article 72.

Il y est stipulé, « nul ne peut être candidat à l’élection du président de la République s’il ne remplit les conditions ci-après : posséder la nationalité congolaise d’origine, être âgé de 30 ans au moins, jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques, ne pas se trouver dans un des cas d’exclusion prévus par la loi électorale ». Qui est un congolais d’origine ? La même loi suprême répond au troisième alinéa de son article 10 : « est congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République démocratique du Congo) à l’indépendance ». Aussi, aucun cas d’exclusion repris par la loi électorale dans son article 10, n’exclu Katumbi.

Comment, bon Dieu, les stratèges d’Ensemble ne peuvent comprendre que la proposition Tshiani ne pourra passer, aux regards des barrières légales (il faudra modifier la constitution, la loi électorale et également certaines dispositions de la loi du 12 novembre 2004 sur la nationalité congolaise) et non recourir à une nouvelle loi pour verrouiller davantage l’accès au poste de chef de l’État, sociologiques – la proposition divise largement la société congolaise au risque d’embraser un pays postconflit -, politiques – elle est défavorable pour le pouvoir Tshisekedi et le prestige politique de son parti UDPS…

Ensuite, une proposition qui surfe sur « la congolité » qui fait partie, s’il faut en croire le sociologue Dominique Trembloy dans les colonnes de La Libre Belgique, de ces idéologies qui prônent « la pureté identitaire » utilisées à des fins propagandistes pour « conquérir ou conserver le pouvoir politique », renvoit à un objectif purement électoral, à la propagande. Plutôt qu’à écarter un candidat, au Congo cette proposition Tshiani viserai à fragiliser, surtout que l’imaginaire collectif est très réceptif des messages identitaires, dans ce vaste pays d’Afrique centrale.

L’ambiguïté politique entretenue par Ensemble s’est avérée désastreuse. Le dernier sondage du très sérieux Groupe d’Etude sur le Congo (GEC) et BERCI place Félix Tshisekedi et Martin Fayulu en tête des personnalités politiques préférées des congolais. Ce qui n’était guère le cas il y a peu. Il est temps que Moïse Katumbi revoit à la baisse ses ambitions, chemine docilement aux côtés de Tshisekedi et prépare dans la sérénité 2028, ou carrément le quitter en exigeant la démission du gouvernement de tous ses cadres et faire ouvertement l’opposition. Sauf que ce dernier choix sera, une fois de plus, une faute politique grave.

TAD

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