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RDC : Système K, un film français conçu pour nourrir le discours sur le chaos

Le jeune auteur congolais Sinzo Aanza s’est employé à une âpre critique, mercredi 29 janvier dernier sur son compte facebook, autour du film du cinéaste français Renaud Barret, sorti en septembre 2019 et consacré à la vie artistique dans les faubourgs kinois.

Pour l’auteur du roman « Généalogie d’une banalité », ce film-documentaire qui décrit le travail et la vie de peintres, de sculpteurs et de performeurs congolais, utilisant des pièces d’appareils inusités pris dans de poubelles ou des objets détournés de leur usage approprié pour créer des instruments de musique, n’est rien qu’un document conçu pour « renforcer les clichés exécrables », non sans raison.

« Suite à une discussion avec un ami, je vais mettre ici mon avis sur le film “Système K”.
Tout d’abord, je pense que présenter des gens comme vivant dans un “indescriptible chaos”, cela revient quasiment à dire qu’il s’agit d’animaux. Or dans le cas du Congo, il s’agit plutôt d’exploitation systématisée. Le pays fonctionne comme ça(…)
Des populations sont souvent déplacées afin que des individus ayant signé des contrats d’exploitation avec l’État établissent des affaires sur leurs terres et l’importante démographie de Kinshasa est en partie due aux ravages que fait à l’intérieur du pays une administration centralisée et des acteurs politiques prédateurs
», maugrée-t-il.

Avant de glisser quelques mots forts comme interlude : « les conflits armés qu’a connu le Congo ont été avant tout motivés par le pillage, cela, par conséquent, n’aura été que du banditisme. Les gens vivent oppressés, dans un équilibre précaire entre d’une part un sous-sol profus, une hydrographie et une flore scandaleuses et les besoins économiques du monde entier, comme son illusion de croissance perpétuelle. »

Pour enfin aller droit sur le message que relaie, suivant son entendement, ce film de Renaud Barret. « Mais tout ceci est systématisé depuis la colonisation qui a été la première d’ailleurs à utiliser des vocables proches du mot chaos pour justifier son action. Il fallait civiliser ces hommes en faillite dans leur humanité, ces hommes qui tendaient vers l’animal. Par ailleurs, pour nourrir ce discours sur le chaos, ce film prend l’option de tordre la réalité. Des artistes formés notamment à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa et introduits dans tous les réseaux locaux (souvent dans une précarité liée aux carences des politiques publiques) comme dans certains internationaux, sont présentés comme une génération spontanée issue de la rue, et des performeurs déambulant dans les rues de la ville dans le cadre d’un festival, un important festival qui s’appelle KinAct, sont présentés comme des types surgissant tout aussi spontanément et de manière organique pour envahir l’espace urbain. Ce film, à mon avis, falsifie la vie et les propositions artistiques kinoises et renforce des clichés exécrables. »

L’écrivain Aanza, dans sa virulente opinion, renvoie à ce travail de sape de l’image de l’homme congolais, cette publicité négative devenue familière et rentable pour les productions de grands médias occidentaux. Travailler l’imaginaire en présentant sous un prisme déformant l’humanité de l’être congolais, relégué au bas d’une échelle dressée très loin des rives du majestueux fleuve Congo. Cet être innovateur emprisonné par l’omniprésence des intérêts étrangers sur et sous ses sols, un pillage global parfaitement structuré…

TAD

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